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Communiqué de presse du 31 août 2004 - Réaction à l'interview du ministre de la santé M.Douste-Blazy Version imprimable
Paris, le 31 août 2004

Communiqué de presse commun SFAP & SETD



La Société Française d'Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) et la Société Française d'Evaluation et de Traitement de la Douleur (SETD) souhaitent réagir à l'entretien avec Monsieur le Docteur Philippe Douste-Blazy, Ministre de la Santé, publié dans les colonnes du Journal Le Figaro de vendredi 27 août 2004.

Le titre de cet article : " Fin de vie, une loi pour choisir le moment de sa mort " comporte en lui-même des ambiguïtés qu'il nous semble nécessaire de relever. La finalité de la réflexion en cours n'est pas de "permettre de choisir le moment de sa mort". Il s'agit de faciliter l'abstention ou l'arrêt de traitements jugés déraisonnables, en favorisant les choix des personnes malades quant à l'orientation des soins. Développer les soins palliatifs, lutter contre la douleur, enrichir la formation des professionnels et la recherche dans ces domaines, favoriser la réflexion sur l'approche des questions d'ordre éthique soulevées lors de la fin de vie : voilà les grands axes que le rapport de la mission parlementaire présidée par Monsieur le Docteur Jean Léonetti a récemment mis en perspective.

Depuis de nombreuses années, les spécialistes de la douleur et des soins palliatifs expliquent plusieurs points qui méritent d'être rappelés clairement dans cet article :

1. La morphine et ses dérivés sont des médicaments indispensables pour calmer la douleur. Bien utilisée, la morphine ne tue pas, elle est moins dangereuse que d'autres médicaments. Les propos tels qu'ils sont transcrits dans cet article risquent donc de raviver des représentations concernant la morphine que nous nous efforçons tous de modifier, chez les professionnels, comme auprès de la population. Il faut réaffirmer que ce médicament n'est pas réservé à la fin de vie, qu'il soulage sans tuer, que les doses nécessaires et adaptées à chaque personne malade sont les doses qui soulagent la douleur. En pratique clinique, il faut distinguer les prescriptions qui sont conformes aux recommandations de nos sociétés scientifiques de celles qui viseraient à précipiter le décès. C'est précisément là que réside la différence entre prescrire un médicament, en évaluant et en acceptant ses risques et donner délibérément la mort en utilisant volontairement un surdosage.

2. Les alternatives qui se présentent ne sont pas : chimiothérapie ou morphine, soins curatifs ou soins palliatifs. Des comités et des groupes de travail concernant la douleur, les soins palliatifs, les soins de support oeuvrent actuellement au Ministère de la santé afin d'éviter cette vision réductrice. La question posée est celle d'une organisation permettant une meilleure coordination et la continuité des soins dès l'annonce du diagnostic ; l'accompagnement psychologique et social, le traitement de la douleur étant des nécessités tout au long de la maladie.

Ne nous y trompons pas : la réflexion sur la fin de vie qui sera soumise aux Français par voie parlementaire est une réflexion dont la portée est éminemment politique. Elle engagera notre société à faire des choix d'ordre philosophique et économique. Sur le plan philosophique, la question posée est bien celle de la place que l'on veut accorder à l'homme dans notre société. Une société est-elle la juxtaposition d'individus exerçant leurs choix indépendamment les uns des autres ou bien une association de personnes unies par la solidarité et une éthique de fonctionnement ? Sur le plan économique, notre société est et va être confrontée à des problèmes majeurs de santé publique et d'économie de la santé :l'allongement de l'espérance de vie de la population, l'augmentation de la population âgée, les conséquences du progrès médical qui peut prolonger la vie des personnes atteintes de maladies graves - tout en améliorant la qualité de celle-ci - vont générer une augmentation asymptotique de la demande en matière de santé. Les questions d'ordre éthique de la fin de la vie et les soins palliatifs seront portés au rang de priorité de santé publique. Le débat sur la fin de vie peut aussi être considéré comme un prisme au travers duquel se profile la nécessaire réorganisation du système de santé et les modifications fondamentales de la formation et des pratiques des acteurs de santé.

Le travail de la mission parlementaire constitue une avancée importante donnant des repères indispensables. Nous partageons ses conclusions et ses propositions de modifications législatives et déontologiques. C'est pourquoi nous sommes attentifs à ce que ces perspectives positives soient ouvertes dans la rigueur scientifique et la clarté éthique. Nous souhaitons que les comités nationaux de suivi des plans ministériels douleur et soins palliatifs soient associés à la suite des débats.


Régis Aubry, président de la SFAP
Paul Pionchon, président de la SETD


  • SETD : Société d'Etudes et de Traitement de la Douleur, CHU Hôpital Pasteur - Département Douleur - 30 av. de la Voie Romaine, 06002 Nice Cedex 1
  • SFAP : Société Française d'Accompagnement et de soins Pallaiatifs, 106, avenue Emile Zola, 75015 Paris
 

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